Humanisme numérique - communications-intervenants

Le rôle du cinéma dans le débat identitaire de la Tunisie post-révolution : laïcité ou interdit religieux

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Personne ne peut nier que la liberté d’expression, d’opinion et d’information ainsi que la liberté des médias constituent l’un des fondements essentiels d’une société moderne et démocratique. Le cinéma, comme l’un des plus anciens modes de communication populaire, y joue souvent un rôle déterminant dans la construction des traits identitaires des peuples et de leurs droits à la liberté.
Dans la Tunisie de la post-révolution, cette réalité prend une dimension conflictuelle et parfois violente dans un contexte où la question de l’identité rythme les débats politiques et impacte les choix de société. Tous les aspects de la vie quotidienne sont désormais très profondément marqués par une controverse majeure entre laïcité, libertés et modernité d’une part, puis islamisation, salafisme et interdits religieux de l’autre.
Dans cette controverse identitaire, alors que les autres pays du printemps arabes sombrent dans le chaos d’une radicalisation religieuse violente, l’exception tunisienne a opté de s’y prendre par la voie du débat et de la confrontation par les médias, notamment la presse, l’audiovisuel et le cinéma. Laïcs et religieux se livrent à une bataille médiatique rangée dans laquelle le cinéma a joué un rôle précurseur. Soutenu par une médiatisation numérique d’envergure, le cinéma tunisien rajoute ainsi la laïcité à la longue liste de ses thèmes porteurs comme la situation de la femme, l’exode, l’immigration, le tourisme, la modernité et les traditions, etc.
Dans cette présentation, nous parlerons notamment de deux films événements, l’un tunisien et l’autre iranien, qui ont été au cœur du débat identitaire en période de crise. Appuyé par une vaste médiatisation numérique, ces deux films ont constitué des moments culminants dans le débat identitaire en Tunisie. Nous en examinerons d’abord leur contenu comme message jugé agnostique par les religieux, puis nous commenterons l’impact de ces deux films sur le débat socio-politique et culturel dans le pays.
Les deux films en question sont d’abord le film tunisien «Laïcité Inch’Allah ! » de Nadia El Fani, puis le film iranien « Persépolis » réalisé par Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi.
Nous évoquerons aussi d’autres exemples des films tunisiens et arabes qui ont été au centre de beaucoup de polémiques identitaires. Interdit aux moins de 17 ans aux USA, ‘‘La vie d’Adèle’’ du Franco-tunisien Abdellatif Kechiche, Palme d’Or Cannes 2013, a dû subir quelques retouches avant d’être projeté dans les salles tunisiennes. Le long métrage de Nabil Ayouch sur la prostitution au Maroc, interdit de projection dans son pays, a pu être programmé aux 26ème Journées cinématographiques de Carthage en novembre 2015.
Le documentaire controversé “Hymen national” du réalisateur Jamel Mokni fait aussi partie de ces films polémiques aiguisant le débat identitaire en Tunisie. C’est un réquisitoire impitoyable contre le mythe de la virginité dans la société tunisienne et, plus généralement, dans l’Islam.