Humanisme numérique - communications-intervenants

Réflexions sur les origines de l’Humanisme et son contexte européen rhénan

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Établi à Strasbourg, en Alsace, dans la vallée du Rhin, donc dans un lieu de passage et d’échanges fort ancien qui a vu très tôt passer bien des « philosophes » ou des « intellectuels » au fil de l’histoire, l’auteur présente sa communication sur l’émergence de l’humanisme en lien avec la thématique du colloque ORBICOM. En effet, et de surcroît, l’essor des réflexions humanistes de personnalités plus ou moins voyageuses – devenues des références dans le domaine des savoirs sur la nature de la vie humaine – est lié aux mutations de la typographie réalisée à Strasbourg au XVème siècle par Johan Gensfleisch – dit Gutenberg – (cf. sa statue réalisée par David d’Angers libellée « Et la lumière fut »), puis à l’essor de l’imprimerie à Mayence, avec celle de l’édition puis de la presse débutante. Donc entre la fin de l’ère des scribes et celle des « médias » en perspective !

D’où ce propos sur les origines de « l’humanisme» du XVème siècle, voire le « pré-humanisme » originaire de l’Italie et fondé sur la redécouverte des textes de l’Antiquité, ces « humanae litterae » distincts des textes divins et rediscutés par les érudits. Car tout ce courant d’échanges de réflexions sur la place de l’Homme, sur Terre et dans l’Univers, est lié aux évolutions sociétales connues depuis le Moyen-âge. Celles-ci ont notamment conduit à l’essor de villes plus ou moins autonomes au sein du Saint-Empire Romain-Germanique fragilisé (cf. l’attribution du statut « villes libres »). Mais le désordre au sein des « monarchies de droit divin » a suscité de nouvelles pensées, voire redonné des fondements à la philosophie, et entraîné le courant de la Réforme au sein de l’Église catholique universelle via les guerres dites « de religion ». Or, celles-ci, nourries par ces réflexions nouvelles, ont toujours été des « guerres politiques » en leur propre sein comme entre les monarchies. En particulier entre contestataires « intellectuels », « nobles », « bourgeois » et « clercs », dont la France gallicane ou l’Angleterre devenue anglicane. Mais elles ont aussi servi de fondements à la remise en cause de l’ordre social à l’instar de la « guerre des paysans » ayant marqué l’Empire germanique et l’Alsace en particulier.

Sébastien Brant (La Nef des Fous, édité en langue allemande et non pas en latin lors du carnaval de Bâle en 1494) et Erasme de Rotterdam, avec son ouvrage Éloge de la folie (1509), dédié à son « cher Thomas Morus », l’auteur de l’Utopie, ouvrage édité à Bâle en 1518 avant son exécution à Londres (1535), en sont notamment des référents incontournables. Et particulièrement à Sélestat, ville d’Alsace centrale où a été créée « la » Bibliothèque humaniste héritée de Béatus Rhénanus qui y recevait ses hôtes dont Erasme.

Certes, le terme d’ « humanisme » ayant alors émergé a été longtemps oublié avant d’être repris au XIXème siècle, quitte à être aussi utilisé, ou exploité, pour justifier des choix devenus discutables, ne serait-ce qu’à l’époque de la justification des colonisations au XIXème siècle pour ne citer que ce cas. Si les noms reconnus avec le suffixe en « isme » dépassent le millier en France, c’est qu’ils ont toujours plus ou moins fasciné des adeptes avec des valeurs ou des idées mises en avant dans une réflexion ou une théorie de représentation des rapports de soi à la société, voire à l’univers. Certes, ils n’ont pas toujours été compris ou relayés par rapport à leurs fondements justifiés et à leurs contextes originels quand ils n’ont pas été combattus non plus. D’où la question posée de leur transmission et de leur argumentation dans leur continuité dans un contexte de dialogue effectif à tous les niveaux d’organisation d’une société.

Un tel sujet demeure évidemment d’actualité, et de nos jours plus que jamais, en raison des mutations sur le registre des techniques de communication et de leurs usages avec toutes les innovations que nous avons connues et leurs projections d’une société idéale. D’où l’importance de la Cité des Intellectuels, selon l’approche d’Abraham Moles rappelée lors du colloque de Mexico en 2016, mais aussi des Think Tanks pour comprendre l’évolution de nos systèmes sociaux, de leurs réalités fonctionnelles comme des nouvelles pratiques comportementales et de leurs enjeux au regard des valeurs héritées de l’humanisme évoqué.