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Symposium Orbicom – Lima – 2018

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Lors du symposium international sur « communication, ville et espace public » – 7ème rencontres annuelles du réseau Orbicom – qui s’est déroulé à Lima en mai 2018, Guy Berger, directeur UNESCO pour la liberté d’expression et le développement des médias, est intervenu sur la ville numérique et l’accessibilité à l’information : Cities can align to SDG 16.10 and Internet Universality to develop sustainably

Par la suite, à la demande de Guy Berger, Ghislaine Azémard, titulaire de la Chaire UNESCO « Innovation Transmission et Edition Numériques » à la Fondation Maison des Sciences de l’Homme, a participé à une autre de ses interventions. Retrouvez sa communication ci-dessous :

Je vous remercie Monsieur Guy Berger pour votre intervention magistrale et votre invitation à la discussion.

Votre rapport réaffirme avec force que la liberté d’expression est un Droit humain fondamental en soi, mais aussi une condition propice à l’exercice de tous les autres droits.

Il nous parait aussi que votre rapport rend compte d’un double mouvement entre ouverture et restrictions juridiques d’accès aux données qui pourrait sembler contradictoire mais qui illustre parfaitement la complexité de la réglementation et la volonté nationale ou/et internationale d’apporter des réponses adaptées à l’ambivalence des usages des NTIC.

En ce qui concerne le pluralisme des médias, votre rapport met en évidence  des logiques contradictoires entre, d’une part, l’augmentation sensible des individus ayant accès à internet et l’augmentation considérable des sources d’information, des contenus, en particulier ceux provenant des réseaux sociaux, et d’autre part, l’inflation informationnelle aujourd’hui gérée par des logiques algorithmiques qui sélectionnent, filtrent les informations à fournir à l’usager en fonction de raisons commerciales ou de son profilage.

La répétitivité et la prédictibilité dans les résultats de recherche et dans les actualités fournis à l’usager, en particulier dans les réseaux sociaux sont extrêmement nuisibles à l’ouverture d’esprit, au dialogue, à la diversité, à l’émergence de la pensée critique.

On se trouve face à un modèle de diffusion qui allie à la fois, et c’est un nouveau paradoxe, la quasi personnalisation de l’information à une prolifération massive d’informations virales, et qui peuvent être fausses.

Dans cette nouvelle configuration médiatique, la notion de liberté d’expression peut être réinterrogée. Elle parait néanmoins rendre compte d’un certain nombre de phénomènes, de situations locales ou nationales.

Vous rappeliez, dans le rapport, que 520 journalistes, ont été tués parce qu’ils faisaient leur travail en s’opposant au pouvoir totalitaire, au terrorisme… Je pense aux journalistes caricaturistes de l’hebdomadaire Charlie Hebdo, et nous percevons clairement que dans ces circonstances tragiques, la notion de liberté d’expression prend son sens plein.

Elle affiche son incontournable nécessité quand elle est bafouée, bâillonnée, assassinée. Elle résonne en chacun de nous, elle se propage mondialement, elle fait émerger des solidarités multiples, elle touche à l’intégrité humaine, elle rend visible nos proximités, et chacun peut afficher le : « Je suis Charlie ».

La liberté d’expression semble donc dépendre prioritairement de ses conditions d’exercice et de son ancrage sociopolitique face aux manifestations de la violence individuelle, de groupe, d’état.

Elle est profondément ethnocentrée, elle dépend aussi organiquement des contextes culturels et cultuels nationaux ou régionaux. Elle est aussi d’origine catégorielle. La revendication de son universalité ne suffira pas à donner les conditions de sa mise en œuvre.

On peut s’interroger pour savoir si cette notion de liberté d’expression peut rendre compte de situations nouvelles qui menacent les valeurs qui y sont liées : la volonté de ne pas subir des situations indignes, de revendiquer son droit à construire son point de vue, à accéder aux savoirs qui en permettent l’élaboration.

Nous avons appris hier que le réseau des chaires Orbicom allait travailler sur la notion de liberté d’expression à l’ère numérique et dans cette perspective nous avons avec quelques collègues, listé les sept points suivants qui pourraient être discutés autour de cette notion, dans une approche multidisciplinaire et multiacteurs pour en préciser les tenants et les aboutissants, les valeurs et les vulnérabilités.

  • D’abord, questionner l’universalité de la notion de liberté d’expression, son émergence, ses variantes, ses faux semblants.
  • Deuxièmement : analyser la place des grands acteurs privés du numérique dans la modélisation de l’accès aux données et à la production de connaissance. Discuter et prévoir les usages de l’intelligence artificielle d’un point de vue philosophique et sociétal.
  • Comme troisième point : Évaluer la place effective des acteurs publics, des citoyens dans la construction et la gouvernance de ces modèles de développement, dans la conception des plateformes, la mise en œuvre de leur fonctionnalité en particulier celles qui sont interprétative, délibérative.
  • Ensuite : Définir une Éthique numérique de la diversité des sources, de leur véracité, leur préservation, renforcer des logiques de moissonnage et de croisement des données ouvertes de nature différentes (données privées, publiques, économiques, territoriales, académiques).
  • Il faudrait ensuite développer une conscience citoyenne sur les manipulations algorithmiques, et accompagner une appropriation des outils et des savoir-faire pour co-construire des alternatives humanistes.
  • Comme sixième point : S’inscrire dans une logique d’universalité normative (incluant interopérabilité, transparence, inclusion) à travers les instances internationales pour renforcer l’accès aux données ouvertes et la protection des données privées, le respect inclusif des diversités.
  • Et finalement comme cadre structurant des points précédents : Œuvrer pour un élargissement de la vision humaniste numérique et De sa mise en œuvre.

Je vous remercie chers collègues pour votre attention.

Retrouvez le résumé des différentes interventions réalisés lors de cette communication sur le site de l’Unesco : World Trends Report launched in Peru

Orbicom est le réseau international des chaires UNESCO en communication