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Auteure : Mallaury Guyart, Licence 3 Lettres modernes, parcours «Cultures numériques et écritures en ligne». Faculté de Lettres et Arts. Université d’Artois. Arras.



Ce concept d'Humanisme numérique a été mis en évidence dès 2011 par l’historien des religions et professeur Milad Doueihi, qui le définit comme étant «le résultat d’une convergence entre notre héritage culturel complexe et une technique devenue un lieu de sociabilité sans précédent». Dans un monde en constante progression, l’humanisme numérique et nos valeurs traditionnelles, peuvent-ils être associés ?

L’humanisme numérique : un «urbanisme virtuel»

L’humanisme numérique va dans la poursuite des trois humanismes classiques proposés par l’anthropologue Claude Lévi-Strauss : l’humanisme aristocratique de la Renaissance, l’humanisme exotique de la bourgeoisie et l’humanisme démocratique. L’humanisme numérique, qui se présente comme l’humanisme de demain, est la manière dont l’être humain s’approprie l’espace, les technologies sans être dépassé par ces objets, en ayant toujours la main sur eux. Selon Milad Doueihi nous devons nous approprier les technologies afin de reconstruire un lien social. C’est le passage du réel au virtuel, d’où l’«urbanisme numérique».

Nécessité de la pérennité de traditions ancestrales

L’objectif est de voir ce qui peut être conservé de l’humanisme classique. Notre civilisation ne cesse d’évoluer, mais elle ne cesse aussi de retravailler d’anciennes traditions pérennes, il est donc indispensable pour les hommes de renouer avec le savoir-faire des anciens. Il ne s’agit pas de renoncer à la technique, mais d’en prendre le contrôle. L’humanisme numérique rappelle notre héritage : la manière de faire des anciens, tout en laissant place à de nouvelles formes : les innovations, ce qui crée une complémentarité entre l’ancien humanisme et l’humanisme moderne.

Des valeurs traditionnelles mises en danger ?

Le numérique a fait son apparition depuis quelques années déjà et il est très ancré dans notre culture, si bien qu’il serait difficile de s’en détacher actuellement. Désormais nous n’utilisons plus le téléphone uniquement pour communiquer, mais aussi pour planifier des évènements dans notre agenda, voire même pour mesurer la fréquence cardiaque, etc. La culture numérique transforme les pratiques courantes puisque grâce aux technologies modernes nous faisons face à l’instantanéité, l’immédiateté et l’accélération de notre rythme de vie. De là, émerge alors la crainte, de la part de nos aînés, d’une convergence entre l’homme et la machine. Milad Doueihi affirme d’ailleurs son inquiétude face à une éventuelle domestication des hommes dans l’espace des machines.

L’Homme serait-il alors remplaçable ?

© Pixabay

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Milad Doueihi n’est pas le seul à s’être interrogé sur l’humanisme numérique, Guy Vallancien, chirurgien et aussi professeur d’urologie a récemment écrit un livre relatant de ce principe. Dans son ouvrage, Homo Artificialis, plaidoyer pour un humanisme numérique, G. Vallancien affirme que les robots ne peuvent remplacer les hommes et sont voués à garder leur statut d’origine. Cela s’explique par leur absence de tout sentiment et leur absence d’empathie, tandis que les hommes ont toujours eu cette capacité innée à ressentir pour autrui. Certes, les robots apportent une grande aide aux humains, notamment dans les tâches qui demandent une forte réactivité et une productivité mais pour le chirurgien, aucune machine ne peut réaliser, ni même imiter ce que produit l’homme. Les robots n’ont pas d’affect, ne vivent pas de drame personnel et n’éprouvent aucun sentiment quel qu’il soit. Pour le professeur d’urologie, dans son roman, il existe à la fois des opportunités – grâce à l’efficacité et la productivité des machines – mais aussi des menaces qui émanent de l’humanisme numérique – comme la forte présence des machines pouvant laisser de moins en moins de place à l’Homme. N’étant toutefois pas contre l’idée de l’humanisme numérique, il se fait partisan d’une arrivée proportionnée des machines dans l’univers de la médecine.

Appréhension quant à l’avènement de ces technologies.

Milad Doueihi appelle l’absolutisme qui concerne l’instantanéité, l’accélération du rythme des décisions, et de nos réflexions la «tyrannie de l’immédiat et de l’instantané». Ce sont des inquiétudes qui renvoient aux réactions de personnes prônant les traditions et qui apprécient l’authenticité, la légitimité et la pertinence de notre savoir. En plus de l’humanisme numérique, un mouvement de pensée philosophique a vu le jour : le transhumanisme, dont le symbole «H+» est une référence à «l’homme augmenté». D’après M. Doueihi, les «écoles transhumanistes» se présenteraient comme appartenant au «cyber new age» qui souhaitent une convergence radicale de l’Homme et de la machine.
Le transhumanisme se veut d’améliorer les capacités physiques et mentales des individus, mais est-ce pour autant un humanisme, si nous considérons que ce fondement de transhumanisme veut rendre l’homme immortel ?


Sources :

Milad Doueihi (2011), Pour un humanisme numérique, Paris, édition Le Seuil.
Guy Vallancien (2017), Homo Artificialis, plaidoyer pour un humanisme numérique, Paris, édition Michalon.