Partagez !

Auteure : Camille Capron, Licence 3 Lettres modernes, parcours «Cultures numériques et écritures en ligne». Faculté de Lettres et Arts. Université d’Artois. Arras.



Milad Doueihi (philosophe, historien des religions, spécialiste du numérique et titulaire de la chaire de recherche sur les cultures numériques à l’Université Laval) affirme que l’humanisme numérique correspond au «résultat d'une convergence inédite entre notre héritage culturel complexe et une technique devenue un lieu de sociabilité sans précédent.». Selon lui, nous pouvons voir le numérique comme étant une culture puisqu’il modifie le regard de l’Homme sur notre héritage mais aussi sur le monde dans lequel il vit actuellement. Une nouvelle culture se crée et au centre de celle-ci trône l’Homme regardant le monde autrement, en le numérisant.

Comment l’humanisme numérique, en entraînant l’Homme vers l’avenir, tend aussi à lui faire garder le souvenir du passé ?

Une langue et un écrit stagnant entre futur et passé…

La langue et l’écriture caractérisent l’Homme et constituent l’héritage d’un passé non numérisé. Dans l’ère du numérique, ces deux caractéristiques tendent à se modifier et à évoluer pour s’adapter à un présent, puis un futur numérique.
Avec l’humanisme numérique s’est créée une nouvelle langue universelle et binaire: le code informatique, «agent et vecteur de cette nouvelle civilisation». Un «être culturel» amenant de nouvelles approches pour l’étude de la langue, produisant diverses orientations de recherches telle que la linguistique numérique, et créant de nouveaux métiers comme celui de développeur Web.
Mais, parallèlement à l’apprentissage de ce nouveau langage, l’Homme doit aussi se réapproprier l’usage quotidien de la langue et de l’écrit. Dans une interview pour le journal La Croix, Milad Doueihi atteste que de nos jours, «nous sommes obligés de renouer […] avec la manière de faire des Anciens». En effet, avec le numérique, notre rapport à l’écriture se modifie tout en restant proche de la littérature antique « transmise par fragments », comme sur Twitter où il ne faut pas dépasser les 140 caractères pour s’exprimer.
Même utilisés sur les plateformes numériques qui constituent de nouveaux lieux de communication, la langue et l’écrit restent importants, comme le démontre le domaine des jeux vidéo au sein duquel le contenu narratif est nécessaire à toute création.

…passé en voie de numérisation

De nouvelles pratiques innovantes font aussi appel au passé pour créer cette culture tournée vers le futur. Le numérique est l’outil idéal pour ne pas oublier, pour se rappeler et pour découvrir l’Histoire, comme nous le prouve la numérisation du patrimoine.
Les internautes peuvent désormais avoir accès aux archives de musées, auparavant inaccessibles à tout public. En 2009, le musée Van Gogh à Amsterdam ainsi que la Royal Academy de Londres créent le projet Van Gogh Letters. Ils publient un recueil de lettres écrites par cet artiste et le numérise, créant ainsi son édition électronique. Le recueil, accessible en trois langues différentes, s’est alors transformé en véritable outil de recherche comme l’affirme Marianne Jakobi dans son ouvrage «The digital publication of artists’ correspondence: the example of Van Gogh» : «l’édition numérique propose une présentation par onglets qui offre la possibilité de voir l’intégralité des lettres et de les classer par période, par correspondant, par lieu ou par catégorie de lettre.»
Mais, ils peuvent aussi participer au devoir de mémoire d’un pays en reconstruisant eux-mêmes des scènes historiques. Des plateformes ouvertes à tous invitent à prendre part à la reconstruction de l’Histoire grâce aux outils numériques. Suite à l’attentat du 11 Septembre, le «Center for History and New Media de l’Université Georges Mason [a mis] en place […] une archive en ligne proposant aux citoyens new-yorkais de partager des témoignages écrits, visuels ou multimédias sur la manière dont ils ont vécu la tragédie». Un projet collaboratif du même genre avait ensuite été mis en place, en France, en 2007 par Patrick Peccatte et Michel Le Querrec, invitant les internautes à poster sur une plateforme Flickr, des photos de la bataille de Normandie.

L’humanisme numérique change notre rapport au temps et entraîne l’Homme vers un avenir au langage universel dans lequel le numérique est omniprésent. Mais, ce bond vers l’avenir n’oublie pas l’Histoire, et tend à créer un passé immortel et numérisé.