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Auteure : Pauline Fievet, Licence 3 Lettres modernes, parcours «Cultures numériques et écritures en ligne». Faculté de Lettres et Arts. Université d’Artois. Arras.



En 2011, Milad Doueihi a introduit le terme d’humanisme numérique pour tenter d’expliquer l'impact de cette nouvelle culture qu’est le numérique sur l’homme et sur nos sociétés. En d’autres termes, il a étudié les conséquences de l’utilisation des technologies de l’information et de la communication dans les sciences humaines et sociales. Cette étude fait échos aux humanités numériques, représentées par une approche transdisciplinaire qui réfléchit à ce rapport entre numérique et sciences humaines et sociales. Mais quelle place donner à cette approche aujourd’hui ?

Le numérique comme dimension de l’humain

En effet, comme nous le rappellent Michael E. Sinatra et Marcello Vitali-Rosati, le numérique ne s’applique plus qu’aux sciences exactes :

«Il y a encore quelques décennies, on pouvait penser que les ordinateurs et les technologies numériques étaient destinés uniquement aux sciences dures, les sciences exactes dont le calcul et les mathématiques sont les principaux outils. Cette idée est manifestement fausse aujourd’hui : le numérique habite l’ensemble de nos vies et touche aussi, et surtout, à nos activités purement «humanistes», ou même «humaines».»

Nous serions donc dans une véritable convergence entre la culture et la technique, entre l’homme et la machine. En ce sens, le numérique est donc amené à changer l’être humain, voire même à créer une nouvelle civilisation. Il bouleverse notre relation aux outils, aux objets, à la production du savoir.

Vers un enseignement des humanités numériques dès l’école primaire ?

Si les universités offrent déjà des cursus mêlant disciplines classiques et nouvelles technologies, ce n’est pas encore le cas des enseignements primaire et secondaire. Mais cela ne saurait tarder !

Dans un contexte de «conversion numérique», l’Éducation Nationale commence à se pencher sur la question. En effet, cette nouvelle culture faisant maintenant partie intégrante de notre vie, l’idée serait de former les personnes dès leur plus jeune âge afin qu’ils puissent disposer d’une culture numérique de base. Et cette pratique est déjà en marche ! Agathe Charnet, rédactrice pour Le Monde, nous annonce que :

«Depuis la rentrée 2016, les langages et usages du numérique s’inscrivent dans les programmes des enseignements primaire et secondaire. Le code et la programmation y figurent dès le CM1. Et l’épreuve de mathématiques du brevet des collèges comprend désormais un exercice d’algorithmique.»

Bien que les professeurs de mathématiques soient les premiers chargés de cet enseignement, toutes les disciplines seraient concernées. En effet, l’idée ne serait pas simplement d’enseigner l’informatique, mais aussi «de se demander comment le numérique concerne et questionne toutes les matières» nous explique Caroline Ladage, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’université d’Aix-Marseille.
Dans cette lignée, certains proposent également de créer un CAPES d’informatique afin de faire de la culture numérique une matière à part entière. Une position partagée par le Conseil national du numérique, qui prône l’établissement d’un baccalauréat «humanités numériques» à l’instar des baccalauréats scientifique, économique ou littéraire.

«Ce nouveau bac s’inscrirait dans son époque [...] au croisement des sciences, lettres, et sciences humaines et sociales, en décloisonnant ces champs du savoir. [...] Il refléterait l’aventure de la jeunesse et revitaliserait les études secondaires avec la création numérique, le design, mais aussi la découverte des big data, de la datavisualisation, des métiers informatiques et créatifs.»

En attendant une réforme concrète à ce sujet, trois jours de formation supplémentaire sont prévus à l’attention des professeurs depuis 2016 afin de leur permettre d’apprendre à intégrer cette nouvelle culture au sein de leurs cours.