Les perceptions et pratiques des médias face au monde carcéral : conférence de Jamal Eddine Naji à la prison Oudaya de Marrakech

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La prison Oudaya, à Marrakech, a accueilli un groupe interdisciplinaire d’experts qui a donné une série de conférences à l’occasion de la 4ème édition de l’Université du printemps. Devant une assistance de 200 prisonniers, femmes et hommes, détenteurs des titres de licences, masters, voire doctorats labellisés de cette université, le directeur général de la haute autorité de la communication audiovisuelle et président de la chaire Unesco Orbicom, M. Jamal Eddine Naji, a fait l’ouverture de cet événement par une intervention sur les perceptions et pratiques des médias face au monde carcéral. M. Naji a mis en avant l’abîme existant entre le monde des médias et la réalité carcéral, une brèche née de la méconnaissance des médias du monde de la prison et les spéculations faits a priori, dont les conséquences sont la stigmatisation, la stéréotypation et la discrimination. Ces pratiques constituent une flagrante violation des droits fondamentaux comme le droit à la vie privée, à l’intégrité de l’identité, le droit au pardon et à une réinsertion digne, et le droits des familles et des proches, entre autres. Ces pratiques condamnables se propagent de plus en plus dans les médias. Le directeur général de la HACA a souligné le caractère honnête, pertinent et respectueux des droits dont le journaliste est porteur, et rappela sa mission de découvreur du monde, chercheur des nouvelles et transmetteur de ces informations au public. Les médias doivent connaître le monde carcéral, les peines, les malheurs, les combats, les espoirs et le plan de réinsertion qu’ont les prisonniers. M. Naji a touché le point culminant, la relation prison/prisonnier et société. Il a évoqué deux chefs d’œuvre de la littérature mondiale, « Les misérables » de Victor Hugo et « Papillon » d’Henri Charrière, pour illustrer l’importance de la littérature et du cinéma dans une réflexion qui implique aussi bien la sociologie que l‘anthropologie. Il pose la question : comment le journaliste peut renforcer le « vivre ensemble », la tolérance, le pardon, la réinsertion, la dé-marginalisation des prisons et prisonniers dans un monde où les réseaux sociaux n’ont aucune déontologie ou règle du monde des médias?

Après son intervention de près d’une heure, M. Jamal Eddine Naji a échangé avec les assistants qui ont partagés leurs perspectives, leurs expériences et la frustration que comporte le fait de ne pas pouvoir répondre aux injustices diffusés par les médias.

Pendant deux jours l’écrivain Abdelkader Chaoui, le juriste Driss Belmahi, et l’expert en droits de l’homme Habib Belkouch, ont continué cette série de conférences.

http://www.haca.ma/fr/actualites/devant-180-d%C3%A9tenus-es-m-naji-analyse-%C3%A0-la-prison-oudaya-de-marrakech-les-perceptions-et